1 mars 2012

Denis Fargeton (Prix Pierre-Jean Jouve 2012) nous parle de son oeuvre


Le poème de Jacques Roubaud - "La vie est admirable la vie est admirable elle est vaine" - est un tel écheveau de sens qu'en le recevant par l'oreille dans un temps imposé, certains de ses rouages ne seront probablement pas perçus. On pourrait être tenté d'utiliser la musique comme révélateur et faire ainsi parvenir à l'auditeur le maximum d'informations. Ce serait sans compter que les principes de composition n'ont pas nécessairement besoin d'être compris pour être agissants. 
Comme certaines familles de mots accompagnent le poème dans chacune de ses strophes, et le teintent de « couleurs récurrentes », j'ai voulu réaliser des textures sonores qui, associées avec chacun de ces mots, créaient un complexe de sensation différent à chaque fois, mais à chaque fois suggestif. Le choix de l'effectif aussi va dans ce sens, toute la pièce est suspendue dans l'aigu, cherche des sonorités aveuglantes et brûlées, en regard du texte. 
Dans l'élaboration du temps, j' ai voulu laisser respirer la musique pour ne pas étouffer le récitant. Cela signifie s'en remettre en partie aux interprètes pour un paramètre qui est la clef de voute de toute musique composée, les durées. J'ai misé sur la capacité du texte à s'imposer et sur le travail des résonances que la présence de trois claviers munis d'une pédale de prolongation du son, rend potentiellement riche. Leurs durées semblent alors ajustables sans que l’incandescence du temps soit mise à mal. 
Enfin je n'ai pas voulu choisir entre une musique au service du texte et un texte au service de la musique. J'ai tenté de comprendre au mieux le poème, pour le remettre en jeu dans un nouvel agencement au risque peut-être de lui être infidèle.

Denis Fargeton

Cette œuvre sera créée le 13 mars 2012 à 20h30, salle Varèse CNSMD de Lyon, dans le cadre du concours Pierre Jean Jouve de composition.